Art & Culture Monaco

Yann-Antony Noghès, Un hommage à la quête du Prince Rainier

Dans le cadre de la commémoration du centenaire du prince Rainier III, le présentateur, réalisateur de documentaires et producteur de télévision monégasque Yann-Antony Noghès signe Rainier III par lui-même, un témoignage fort et sincère sur la vie d’un homme d’exception. 

- Comment est née l’idée du documentaire Rainier III par lui-même ? 
Le Prince Rainier a souvent regretté que la presse diffuse une "image fausse" de Monaco. Il aurait aimé écrire ses mémoires "avant de quitter cette petite scène", comme il l’a joliment dit un jour. À partir de là, nous nous sommes lancé un défi : et si le Prince Rainier racontait lui-même sa vie, avec ses mots et sa propre voix ? Réalisé dans le cadre de la commémoration du centenaire du Prince, ce film a été produit sous la direction de S.A.S. la Princesse Stéphanie, avec sa secrétaire particulière Christine Barca, le directeur des archives du Palais Princier Thomas Fouilleron, le directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco Vincent Vatrican, et le regretté Albert Croesi, secrétaire du Comité. C’était un défi d’avoir un tel tour de table car cela impose une grande rigueur. Mais cela offre surtout des ressources inédites pour raconter l’histoire la plus authentique possible.

- Quelles ont été les étapes d’élaboration de ce film inédit ? 
Nous avons commencé par réunir les interviews données par le Prince Rainier tout au long de son règne, entre 1949 et 2005. Nous avons écouté et retranscrit des dizaines d’heures d’enregistrement. Nous les avons répertoriées par thématiques : son enfance, son intronisation, ses premières années de règne difficiles, sa rencontre avec la Princesse Grace, ses enfants, la crise avec le général de Gaulle, le bras de fer avec Onassis au sujet de la SBM, etc. Nous avons eu à notre disposition en salle de montage 845 enregistrements sonores, films et photos dont 535 provenant de l’Institut audiovisuel de Monaco et des archives du Palais qui ont réalisé un travail colossal avec nos documentalistes.

- Vous revenez sur des moments historiques clés ? 
Pour bien contextualiser la situation fragile dans laquelle se trouve Monaco au moment où le Prince Rainier monte sur le trône, nous revenons sur la fin de la guerre. L’indépendance de la Principauté n’a tenu qu’à un fil. Le commissaire régional de la République à Marseille, Raymond Aubrac, grand résistant, comptait annexer Monaco. Il en a demandé l’autorisation au général de Gaulle qui lui a répondu : "Si vous l’aviez fait sans me le dire, je vous aurais blâmé officiellement, mais approuvé personnellement. Vous me demandez la permission, je dois vous la refuser !" On comprend mieux pourquoi, dès son discours d’intronisation du 19 novembre 1949, le Prince a prononcé deux mots forts qui allaient guider son action : "indépendance" et "souveraineté".

- Qu’avez-vous découvert en écoutant ces enregistrements ? 
On a parfois l’image d’un Prince Rainier un peu taiseux et réservé. J’ai été frappé de voir à quel point il a pu se livrer lors de certains entretiens. Il évoque la solitude du pouvoir et les courtisans avec une franchise totale. Il revient également sur son enfance solitaire dont il ne garde pas un bon souvenir. À 11 ans, il est envoyé dans un pensionnat en Angleterre où il raconte qu’il a reçu "des coups de canne" des professeurs et a aussi dû "nettoyer les chaussures" de ses aînés. Seul étranger parmi des centaines d’écoliers anglais, il a subi des moqueries sur son rang et son poids, au point de le pousser à faire une fugue. Il explique dans le documentaire que cette expérience douloureuse l’a renforcé. Et l’ironie, dans tout ça, c’est que quelques années plus tard, l’ancien pensionnaire raillé par ses camarades sur son physique allait épouser l’une des plus belles femmes du monde, Grace Kelly.

- Fanny Ardant prête sa voix au documentaire, pourquoi ce choix ? 
Nous avions besoin d’une voix pour accompagner celle du Prince. La Princesse Stéphanie a spontanément pensé à Fanny Ardant. D’abord, parce que c’est l’une des plus belles voix du cinéma français. Mais également parce qu’elle a passé son enfance sur le Rocher. Son père, le colonel Ardant, a été le précepteur du Prince Rainier à l’époque où il passait son bac à Montpellier, et il est ensuite devenu gouverneur du Palais. Fanny Ardant a donc de nombreux souvenirs en Principauté, et notamment aux côtés du Prince Rainier qui a été une figure marquante dans sa vie. L’enregistrement de sa voix a été un moment très fort.
 
- Quelle est la force de Rainier III par lui-même ? 
De nombreux documentaires ont été réalisés sur Monaco. Le plus souvent sur la Princesse Grace qui attirait naturellement les projecteurs. Mais très peu, pour ne pas dire aucun, ont été consacrés à l’action même du Prince Rainier qui a transformé la Principauté. Il voulait que l’image de "Principauté d’opérette" disparaisse, et au terme de son règne, Monaco, du haut de ses deux kilomètres carrés, était membre des Nations unies. Nous avons donc voulu raconter la quête de sa vie : que son pays soit "pris au sérieux et respecté". L’idée première, c’est de faire un documentaire produit par des Monégasques à destination de la communauté de Monaco dans le cadre du centenaire du Prince. Après sa diffusion en avant-première au Grimaldi Forum, les 4 et 5 juillet dernier, il sera projeté au cinéma d’été le 24 août, ainsi qu’au cinéma des Beaux-Arts et au Théâtre des Variétés entre septembre et décembre. Il sera également au programme de Monaco Info et certainement de TV Monaco. Bien entendu, nous serions très heureux que ce film soit ensuite distribué à l’international. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec plusieurs chaînes de télévision étrangères qui sont très intéressées.