Art & Culture • Monaco
Numérique : Monaco est maintenant en pointe
Délégué interministériel à la Transition Numérique, Frédéric Genta fait le point sur une mutation primordiale pour l’avenir de la Principauté.
> Une carrière chez les géants du numérique
Né le 28 mars 1981 à Monaco, Frédéric Genta est diplômé de l’ESCP Europe2 et d’un MBA de la Harvard Business School. Il commence sa carrière professionnelle dans une banque d’affaires chez Lehman Brothers puis à la Société Générale, avant d'intégrer Orange France où il participe à la modernisation des opérations et du marketing pour Orange en Slovaquie, en Moldavie et en Pologne. Il rejoint ensuite Amazon France, où il a piloté le lancement et le développement des boutiques "sport et mode". En 2013, il est recruté par Google en tant que Head Retail France. Il accompagne les principales enseignes de la distribution française (Fnac, Redoute, Darty notamment…) à se transformer via le numérique. Grâce au déploiement du E-commerce, du multicanal, de la digitalisation des points de vente, comme le développement de nouveaux marchés et produits, il participe à la création de nouvelles opportunités de croissance pour les acteurs de la distribution en partenariat avec Google. Il est appelé au siège du groupe aux États-Unis en 2017 pour la mise en place d’un partenariat stratégique entre Walmart et Google.
En mars 2018, le Prince Albert II nomme Frédéric Genta au gouvernement.
Depuis 3 ans, Frédéric Genta est à la tête la délégation interministérielle chargée de la transition numérique de la Principauté. Ce Monégasque de 40 ans, dont la mère est ambassadrice de Monaco à Londres, a travaillé chez Orange, Amazon ou Google. C’est dire s’il connait bien le secteur du numérique. En le nommant à ce poste, le prince Albert II lui a témoigné sa confiance. On fait le point avec lui sur les réformes en cours.
- M. Genta, rappelez-nous les missions de la délégation à la transition numérique ?
Deux objectifs : faire de Monaco un pays moderne ouvert au monde numérique notamment par la transformation de notre économie et par l’adaptation de la qualité de vie aux standards du monde d’aujourd’hui. La crise du Covid a encore révélé la place que le numérique y tenait.
Mon champ de compétences va des systèmes d’information de l’Etat à la tutelle de Monaco Télécom ou au spatial, en passant par le programme E.éducation, le programme E.santé, la transformation de l’Etat et la relation aux administrés, ainsi que l’évolution de notre économie par le numérique. C’est vraiment un champ global que nous nous efforçons de couvrir avec une équipe de 240 personnes. Nous voulons que Monaco soit un exemple dans le monde.
- Quels ont été vos axes de travail prioritaires ?
On peut dire que nous avons privilégié quatre axes : le premier c’est celui des infrastructures avec le lancement de la 5G, de la fibre, récemment, et du cloud d’ici la fin de l’année. Sur ces points nous avons fait un bond de géant en comblant un gros retard et sommes même maintenant en avance sur beaucoup de pays. Autre axe, celui de l’éducation : chaque enfant de 3 à 18 ans apprend la programmation, tous les collègiens sont désormais équipés de tablettes qui permettent à l’élève de travailler à la maison en étant suivi en direct par l’enseignant et ça sera le cas pour les lycéens à la prochaine rentrée. Tous les manuels sont numérisés.
Nous travaillons aussi sur la "smart city". Il y a du wifi gratuit dans tous les abribus. Chaque centimètre carré de Monaco a été modélisé ce qui permet des études fines en matière de trafic ou de pollution. Nous testons aussi en ce moment des feux verts automatiques pour faciliter la circulation des bus : Monaco devient vraiment une référence en la matière.
Enfin, je citerais le plan de relance économique avec le "Fond Bleu"(1) (20 millions d’euros). Nous avons constaté que chaque euro investi dans le numérique génère chez les entreprises 12 à 13 euros de chiffre d’affaires. Un investissement qui sera donc vite compensé par les rentrées fiscales supplémentaires.
- Garant de l’indépendance, comment le stockage des données est-il organisé ?
Le cloud sera basé en Principauté, il sera chiffré par les services monégasques et l’an prochain les données seront doublées au Luxembourg via notre e.ambassade. Sur la sécurité, l’ensemble de nos procédures est validé par l’Agence monégasque de sécurité numérique et nous serons largement au niveau des normes européennes.
- Un point sur Extended Monaco et la pandémie ?
C’est en avril 2019 que le Prince Albert II a lancé le programme "Extended Monaco", qui a pour but de créer et implémenter le modèle monégasque dans un monde devenu numérique. Concernant la pandémie, par exemple, l’ensemble des aides pour les salariés d’entreprises ont été distribuées à 100% en ligne ; l’ensemble des professeurs formés au distanciel a permis durant la crise une expérience éducative de qualité puisque plus de 80% des parents se sont déclarés satisfaits ; les diagnostics des tests de dépistage PCR ont été entièrement adossés à la base de données du gouvernement et de Monaco Santé, comme pour la vaccination où tous les calendriers sont numérisés.
- Ou en est-on de la numérisation au niveau des ministères et de l’administration centrale ?
C’est évidemment un gros chantier, pas facile, car nous avions accumulé un retard important : il y a 4 ou 5 ans, l’ONU nous avait classé parmi les pays les plus en retard sur le sujet ! Mais on rattrape, on a lancé de nouveaux services numériques à destination des Monégasques comme les Domaines, les titres de circulation, la procédure du contrôle technique, la signature électronique, la paie électronique pour tous les fonctionnaires. J’ai reçu en mars mon premier bulletin de salaire dématérialisé...
- Et Monaco est devenu Google compatible...
La aussi nous rattrapons un retard car la Principauté n’avait pas accès aux services payant de Google comme Spotify ou Google Play. C’est désormais réglé.
- Comment vivez-vous votre premier travail dans un service public ?
C’est vrai j’ai toujours travaillé dans le privé mais je suis viscéralement attaché à Monaco depuis ma naissance et je sais m’adapter. Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est le sens du devoir et la motivation des gens à Monaco pour servir le Prince et le pays. Ici, tout le monde a conscience qu’on écrit l’histoire du pays depuis 700 ans. Les enjeux sont très forts car on a une vision réelle de l’impact que l’on peut avoir sur la vie de nos concitoyens.
(1) Le fonds est destiné à aider les entreprises dans leur passage au numérique.
> Une carrière chez les géants du numérique
Né le 28 mars 1981 à Monaco, Frédéric Genta est diplômé de l’ESCP Europe2 et d’un MBA de la Harvard Business School. Il commence sa carrière professionnelle dans une banque d’affaires chez Lehman Brothers puis à la Société Générale, avant d'intégrer Orange France où il participe à la modernisation des opérations et du marketing pour Orange en Slovaquie, en Moldavie et en Pologne. Il rejoint ensuite Amazon France, où il a piloté le lancement et le développement des boutiques "sport et mode". En 2013, il est recruté par Google en tant que Head Retail France. Il accompagne les principales enseignes de la distribution française (Fnac, Redoute, Darty notamment…) à se transformer via le numérique. Grâce au déploiement du E-commerce, du multicanal, de la digitalisation des points de vente, comme le développement de nouveaux marchés et produits, il participe à la création de nouvelles opportunités de croissance pour les acteurs de la distribution en partenariat avec Google. Il est appelé au siège du groupe aux États-Unis en 2017 pour la mise en place d’un partenariat stratégique entre Walmart et Google.
En mars 2018, le Prince Albert II nomme Frédéric Genta au gouvernement.
Depuis 3 ans, Frédéric Genta est à la tête la délégation interministérielle chargée de la transition numérique de la Principauté. Ce Monégasque de 40 ans, dont la mère est ambassadrice de Monaco à Londres, a travaillé chez Orange, Amazon ou Google. C’est dire s’il connait bien le secteur du numérique. En le nommant à ce poste, le prince Albert II lui a témoigné sa confiance. On fait le point avec lui sur les réformes en cours.
- M. Genta, rappelez-nous les missions de la délégation à la transition numérique ?
Deux objectifs : faire de Monaco un pays moderne ouvert au monde numérique notamment par la transformation de notre économie et par l’adaptation de la qualité de vie aux standards du monde d’aujourd’hui. La crise du Covid a encore révélé la place que le numérique y tenait.
Mon champ de compétences va des systèmes d’information de l’Etat à la tutelle de Monaco Télécom ou au spatial, en passant par le programme E.éducation, le programme E.santé, la transformation de l’Etat et la relation aux administrés, ainsi que l’évolution de notre économie par le numérique. C’est vraiment un champ global que nous nous efforçons de couvrir avec une équipe de 240 personnes. Nous voulons que Monaco soit un exemple dans le monde.
- Quels ont été vos axes de travail prioritaires ?
On peut dire que nous avons privilégié quatre axes : le premier c’est celui des infrastructures avec le lancement de la 5G, de la fibre, récemment, et du cloud d’ici la fin de l’année. Sur ces points nous avons fait un bond de géant en comblant un gros retard et sommes même maintenant en avance sur beaucoup de pays. Autre axe, celui de l’éducation : chaque enfant de 3 à 18 ans apprend la programmation, tous les collègiens sont désormais équipés de tablettes qui permettent à l’élève de travailler à la maison en étant suivi en direct par l’enseignant et ça sera le cas pour les lycéens à la prochaine rentrée. Tous les manuels sont numérisés.
Nous travaillons aussi sur la "smart city". Il y a du wifi gratuit dans tous les abribus. Chaque centimètre carré de Monaco a été modélisé ce qui permet des études fines en matière de trafic ou de pollution. Nous testons aussi en ce moment des feux verts automatiques pour faciliter la circulation des bus : Monaco devient vraiment une référence en la matière.
Enfin, je citerais le plan de relance économique avec le "Fond Bleu"(1) (20 millions d’euros). Nous avons constaté que chaque euro investi dans le numérique génère chez les entreprises 12 à 13 euros de chiffre d’affaires. Un investissement qui sera donc vite compensé par les rentrées fiscales supplémentaires.
- Garant de l’indépendance, comment le stockage des données est-il organisé ?
Le cloud sera basé en Principauté, il sera chiffré par les services monégasques et l’an prochain les données seront doublées au Luxembourg via notre e.ambassade. Sur la sécurité, l’ensemble de nos procédures est validé par l’Agence monégasque de sécurité numérique et nous serons largement au niveau des normes européennes.
- Un point sur Extended Monaco et la pandémie ?
C’est en avril 2019 que le Prince Albert II a lancé le programme "Extended Monaco", qui a pour but de créer et implémenter le modèle monégasque dans un monde devenu numérique. Concernant la pandémie, par exemple, l’ensemble des aides pour les salariés d’entreprises ont été distribuées à 100% en ligne ; l’ensemble des professeurs formés au distanciel a permis durant la crise une expérience éducative de qualité puisque plus de 80% des parents se sont déclarés satisfaits ; les diagnostics des tests de dépistage PCR ont été entièrement adossés à la base de données du gouvernement et de Monaco Santé, comme pour la vaccination où tous les calendriers sont numérisés.
- Ou en est-on de la numérisation au niveau des ministères et de l’administration centrale ?
C’est évidemment un gros chantier, pas facile, car nous avions accumulé un retard important : il y a 4 ou 5 ans, l’ONU nous avait classé parmi les pays les plus en retard sur le sujet ! Mais on rattrape, on a lancé de nouveaux services numériques à destination des Monégasques comme les Domaines, les titres de circulation, la procédure du contrôle technique, la signature électronique, la paie électronique pour tous les fonctionnaires. J’ai reçu en mars mon premier bulletin de salaire dématérialisé...
- Et Monaco est devenu Google compatible...
La aussi nous rattrapons un retard car la Principauté n’avait pas accès aux services payant de Google comme Spotify ou Google Play. C’est désormais réglé.
- Comment vivez-vous votre premier travail dans un service public ?
C’est vrai j’ai toujours travaillé dans le privé mais je suis viscéralement attaché à Monaco depuis ma naissance et je sais m’adapter. Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est le sens du devoir et la motivation des gens à Monaco pour servir le Prince et le pays. Ici, tout le monde a conscience qu’on écrit l’histoire du pays depuis 700 ans. Les enjeux sont très forts car on a une vision réelle de l’impact que l’on peut avoir sur la vie de nos concitoyens.
(1) Le fonds est destiné à aider les entreprises dans leur passage au numérique.
