Art & Culture Monaco

Elena Rossoni-Notter, Morceaux d’Histoire

Directeur du Musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco, Elena Rossoni-Notter s’est confiée sur son parcours et les projets menés par l’établissement monégasque, chargé d’Histoire, dans le cadre d’une interview exclusive. 

> Comment est née votre amour pour l’archéologie ?
Comme toute véritable passion, elle remonte à l’enfance. Petite, j’étais passionnée par la Grèce, les ruines, les enquêtes... Et dès l’école primaire, quand on me demandait "quel métier je voulais faire", la réponse était toujours la même : être archéologue. Je ne sais pas vraiment expliquer d’où me vient cette attirance, mais elle ne m’a jamais quittée.

> Quelles ont été les grandes étapes de votre carrière ?
En grandissant ma passion est restée intacte mais au lycée, on me répétait sans cesse que la recherche est une filière saturée. Il est très difficile de devenir archéologue, d’autant plus à Monaco. J’ai tout de même poursuivi mon rêve mais en effectuant un double cursus universitaire - en Archéologie et en Lettres classiques. Cette seconde spécialité correspondant à l’étude du Grec et du Latin était à la fois utile à l’exercice du métier d’archéologue et elle me permettait d’avoir un plan de carrière alternatif. J’ai ainsi pu enseigner en tant que professeur de lettres en Principauté. L’enseignement m’a beaucoup plu mais ma passion m’a finalement rattrapée. J’ai effectué un doctorat en Archéologie, avec une spécialisation sur le Moyen-Age, l’Antiquité et la Préhistoire à Aix-en-Provence, Nice et Perpignan. Une fois mon diplôme en poche, et après diverses missions à l’étranger, je suis revenue à Monaco pour intégrer le Musée d’Anthropologie préhistorique. 

> Quelles sont vos différentes missions ?
Depuis ma nomination, j’ai souhaité ouvrir au maximum les portes du musée et notamment à travers l’organisation d’ateliers et de rendez-vous dédiés aux plus jeunes et aux établissements scolaires. En parallèle nous avons lancé différents programmes de recherches scientifiques-archéologiques et de nouvelles fouilles à Monaco (Responsable O. Notter). Certaines sont effectuées de manière préventive - en amont des travaux – d’autres dans le cadre de sauvetage, lorsque des vestiges sont découverts sur des chantiers. Enfin des fouilles sont programmées toute l’année à l’image de celles de la grotte de l’Observatoire ou du Jardin exotique. Nous avons également développé l’accueil de chercheurs et d’étudiants internationaux au sein du laboratoire du musée. Des spécialistes viennent à l’année étudier avec nous les collections que nous avons en réserve, ce qui permet d’obtenir de nouvelles données scientifiques que l’on va pouvoir partager dans le cadre de conférences, congrès, expositions, publications…

> Pourriez-vous nous donner des précisions sur les ateliers pédagogiques pour enfants ? 
Certains sont proposés aux élèves monégasques, d’autres sont organisés dans le cadre des vacances scolaires ; il y a aussi les anniversaires. Ce sont des animations didactiques qui vont permettre aux plus jeunes de découvrir notre histoire. On organise des jeux sur la base de faits scientifiques. Un exemple ? La peinture selon les techniques utilisées à la Préhistoire avec des pigments naturels. On va également initier les enfants à la fouille et leur montrer les différents protocoles des archéologues ou encore mettre en place des ateliers autour du mammouth, son mode de vie et ses caractéristiques. Le Médiateur scientifique et culturel du Musée, docteur en Paléontologie, adapte ces ateliers en fonction de leur âge et des niveaux.

> De quelle manière le fond du musée a-t-il été constitué ?
Le Musée d’Anthropologie préhistorique est le plus ancien de Monaco, il date officiellement de 1902. Le fond s’est constitué au fil du temps grâce à de nombreuses donations mais en particulier suite aux fouilles qui ont été entreprises par le premier directeur qui travaillait sous l’égide du Prince Albert Ier. De nombreuses fouilles ont été menées en Principauté et dans ses alentours. Les collections sont devenues si nombreuses qu’en 1950, par manque de place, fut créer sous la direction de Louis Barral un second bâtiment au sein du Jardin Exotique.

> Qu’apportent les échanges que vous effectuez avec des archéologues étrangers ? 
Les spécialistes qui viennent du monde entier nous apportent leur expertise et précisent nos connaissances. Il est impossible d’être un expert en tout. De notre côté, nous partons également travailler dans différents lieux à l’étranger. L’archéologie n’a pas de frontières ! Cela nous permet d’établir les différences et les concordances qui existent entre les différents sites, Européens, Asiatiques ou autres. De plus, les avancées scientifiques nous permettent de préciser certaines données. Un exemple ? Le séquençage ADN nous permet d’établir des liens de parenté entre différents squelettes et ossements retrouvés. On peut également établir des datations très précises en laboratoire.

> Quel projet archéologique a le plus d’intérêt à vos yeux ?
J’aime particulièrement les grottes des Grimaldi. Elles se situent à Vintimille et ont été acquises par le Prince Albert Ier. Elles sont magnifiques et abritent du matériel très ancien datant de 200 000 à 40 000 ans avant notre ère. Ces cavités m’ont toujours marqué et j’en ai fait le sujet de ma thèse de Doctorat. Il reste sur place de nombreux éléments à fouiller comme à la grotte de l’Observatoire (Jardin exotique, Monaco). S.A.S. le Prince Albert II a hérité de la passion de son trisaïeul, le prince Albert Ier fondateur du Musée. Nos projets sont actuellement sur la terre mais je l’espère très prochainement sous la mer…

> Quelle est la prochaine actualité du musée ? 
Une nouvelle exposition qui va mettre en lumière l’ensemble des découvertes faites en Principauté de Monaco et datant de différentes périodes allant de la Préhistoire à aujourd’hui. Pour chacun des objets ou des collections exposées, nous allons partager les dernières données obtenues afin d’offrir aux visiteurs des éléments inédits. Le résultat est passionnant.