Art & Culture Alpes Maritimes

Marc Fayet

Marc Fayet propose un théâtre à la fois comique, émouvant, contemporain et, comme Visconti dans ses films, anthromorphique... Passionné par l'humain, c'est à travers des échantillons de cette espèce commune et pourtant si complexe que l'auteur, comédien et metteur en scène s'amuse à en décortiquer et analyser le comportement !

> Votre pièce Deux euros vingt s'est créée cet été à Avignon...
Avignon c'est une véritable opportunité de rencontrer un premier public, de découvrir l'impact que la pièce peut avoir sur lui mais aussi, évidemment, de peaufiner le travail... Dans une comédie, on recherche toujours une efficacité alors on a besoin de plusieurs représentations pour analyser à quel moment le public rentre dans l'histoire et observer comment il réagit.

> José Paul à la mise en scène...
Quand on écrit seul sa pièce, on a une idée, on suit son instinct et son envie de mettre sur pied une histoire mais on peut parfois, sans s'en rendre compte, devenir "bavard" et redondant ! (rires) C'est quelque chose dont on ne prend réellement conscience qu'au moment où on la joue à moins qu'on ait la chance d'avoir un bon metteur en scène ! (rires)

> Des comédiens habitués à ce duo...
Ils ont tous déjà travaillé avec José Paul et moi alors en effet, ils connaissent bien notre façon d'avancer. Ils savent que ce que l'on attend d'eux, c'est-à-dire qu'ils nous apportent ce qu'ils sont. C'est pour leur caractère et leur inventivité qu'on les choisit car ils apportent aux personnages une matière formidable qui nourrit mon écriture mais aussi la mise en scène.

> Une comédie humaine...
Ce sont véritablement les rapports humains qui m'intéressent toujours le plus car ce sont des thématiques assez universelles et intemporelles. Cette fois-ci, j'ai eu envie de me pencher sur la confrontation de trois couples qui partent en vacances ensemble et qui vont se focaliser, à un moment donné, sur la disparition de Deux euros vingt !

> Partir en vacances à plusieurs, c'est quitte ou double...
Exactement, c'est source inépuisable de comédie ! (rires) On peut adorer passer des soirées avec des amis et finir par ne plus les supporter après une semaine de vie commune... Surtout que dans la pièce il y a la question de l'argent qui va aider à "pourrir" leurs rapports... Des tensions vont apparaître alors que 2€20, dans les faits, c'est dérisoire ! Qui les a pris ? Et le plus drôle dans tout ça, c'est que le public aussi est en haleine pour découvrir le "voleur" de cette modique somme ! (rires)

> Une somme dérisoire mais un comportement significatif...
J'aime raconter le comportement des gens face à un évènement complètement bénin qui va pourtant avoir le pouvoir de bouleverser les convictions, les certitudes, le jugement et donc les rapports entre les gens. Dans Deux euros vingt, les personnages vont se situer et juger s'ils trouvent cette disparition importante ou non, significative ou non.

> Un personnage qui ne s'attendait pas à ça...
(rires) En effet, mon personnage - qui est aussi le narrateur de l'histoire - n'avait qu'un simple jeu en tête : laisser traîner 2€20 sur une table pour voir s'ils allaient disparaître... Complice du public avec qui il se livre à sa petite expérience, il va rapidement déchanter en voyant les proportions que sa blague finit par prendre ! (rires)

> Une pièce chorale...
Ça fait vraiment partie de mon écriture justement parce que j'aime installer les gens confortablement avant de les confronter. C'est intéressant d'assister à des débats, des conflits ou des marques excessives d'amitié car ça crée une circulation entre les différents rôles, ils évoluent, ils changent d'opinion et de comportement tout au long de la pièce.

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Théâtre Actuel d'Avignon en juillet 2019