Art & Culture Alpes Maritimes

Gauvain Sers

Dès son premier album "Pourvu", Gauvain Sers a séduit le public par la qualité de ses textes... Dressant un portrait réaliste et quelque peu affligeant de notre société dans son second opus "Les oubliés", le trentenaire n'a pas hésité à aborder les thèmes de l'écologie, d'une France à deux vitesses, de la condition des artistes ou de celle des réfugiés...

> L'album "Les oubliés" vient d'être réédité...
Oui et c'est quand même beaucoup moins stressant que la première sortie ! (rires) C'est très curieux de livrer un album au public car d'un côté on en crève d'envie et de l'autre on angoisse énormément...

> Une démarche différente entre le 1er et le 2ème ?
Je me suis aperçu avec le recul qu'il y avait une magnifique insouciance dans un premier album, une liberté d'écriture et une fraîcheur qui sont très précieuses... Pour Les oubliés, je me suis interdit de trop penser à ce qui avait marché dans Pourvu ou à ce que les gens risquaient d'attendre de moi.

> Fidèle à ta façon de raconter joliment des petits moments de vie en apparence insignifiants, comme dans Changement de programme...
J'aime qu'il y ait un début, un développement et une fin afin qu'on puisse se projeter dans différentes émotions... Changement de programme, en effet, a un peu tout ça. Elle est très visuelle et surtout universelle alors que c'est peut-être la plus autobiographique ! (rires)

> Des sujets qui touchent et interpellent comme l'histoire de cet instit...
Jean-Luc Massalon m'a adressé une lettre à la fin d'un concert pour me raconter l'histoire de son école et il s'est exprimé sur son métier avec une telle passion et une telle pudeur que je ne pouvais pas y rester insensible... J'ai grandi à la campagne, je suis allé dans le même genre d'école et je suis fils d'instituteur donc ça m'a énormément touché ! C'est une magnifique rencontre et je suis fier aujourd'hui de pouvoir compter parmi mes amis une personne capable de se battre à ce point pour ses idéaux...

> Dans le documentaire, tu dis en parlant des élèves, "Je suis enfant depuis plus longtemps qu'eux", c'est ça qui permet de continuer à être curieux et à s'intéresser aux autres ?
Je crois... J'ai l'impression d'avoir, dans certains domaines de la vie, réussi à conserver le regard que je pouvais avoir enfant et ça m'aide énormément pour le métier que je fais... Ça me permet d'une part de ne pas être "blasé", d'avoir soif de découvertes mais aussi de pouvoir commenter le monde avec un certain recul et une sensibilité presque insouciante.

> Un nouveau titre, Y'a plus de saison avec un clip inventif et décalé...
(rires) J'avais envie d'un clip différent et amusant pour compenser la noirceur et le pessimisme des paroles. J'ai adoré pousser à l'extrême les scènes absurdes car je pense que l'humour est beaucoup plus efficace que les longs discours pour faire passer des messages importants. Je ne voulais pas que ce soit trop frontal en montrant un océan rempli de plastique parce que ça, on le voit dans n'importe quel JT et surtout, je désirais apporter malgré tout une certaine poésie... ■

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson


Réédition de l’album "Les oubliés" le 08 novembre dernier // Le Mas d'Hiver - Puget sur Argens - 03.03.2020 / Le Broc - 04.04.2020