Art & Culture Alpes Maritimes

Ahmed Sylla & Ali Marhyar en interview

Après L'ascension, Jumeaux mais pas trop ou encore Notre tout petit petit mariage, Ahmed Sylla a choisi de s'illustrer cette fois-ci dans Comme un prince, le 1er film d'un autre acteur : Ali Marhyar. Boxeur voyant sa carrière s'envoler à cause d'une mauvaise blessure, Souleyman (qui accumule les faux pas) se retrouve à devoir effectuer des TIG au Château de Chambord. Drôle, fin et émouvant, ce long-métrage explore avec humour et espoir la question de la 2ème chance et de la reconstruction...

- Ali, tu présentes ton tout 1er film Comme un prince…
Ali : Je suis très heureux de faire cette tournée d’avant-premières car ça me rapproche de la fin du processus. Bientôt le film sortira en salles… Je ne contrôle plus rien mais je suis très fier du résultat et comblé d’avoir pu travailler avec une super équipe, que ce soit à la prod, au jeu ou à la technique. Du coup, pour l’instant, je suis sur un petit nuage ! (rires) Le film est plutôt bien accueilli pendant ces premières projections donc maintenant, je n’attends plus qu’une chose : que tout le monde puisse le découvrir… Quand je l’écrivais, je ne m’attendais pas à tout ce que je suis déjà en train de vivre… C’est un peu intimidant d’arriver dans des grandes salles où le public a fait le déplacement pour voir ce 1er film en avant-première, de l’entendre rire et de voir des visages émus alors je ne sais pas ce que je ressentirai le 17 janvier, mais j’imagine que ce sera très fort !

- Passer derrière la caméra, tu y as pensé pendant longtemps…
Ali : Je me suis accordé du temps pour faire ce film parce que je voulais me sentir vraiment prêt à le faire. Je ne me suis pas précipité pour l’écrire et j’attendais d’avoir tout en tête. Je me suis énormément préparé et j’ai tout répété avec les acteurs, les cascadeurs, les boxeurs, les techniciens car je voulais être prêt le jour J et ne pas me lancer à l’aveugle.

- Et tous tes choix semblent avoir été les bons…
Ali : Oui et d’ailleurs, on a même eu des petits accidents heureux que ce soit sur des décors ou avec la météo. Il nous est arrivé d’apprendre une mauvaise nouvelle et d’être hyper déçus alors que ce que tout ce qu’il s’est passé ensuite était encore plus beau. Et puis, parmi tous les choix à faire pour ce film, il y a eu celui des comédiens et là encore, j’ai été super heureux ! Ce n’est pas parce qu’il est à côté de moi mais Ahmed est un acteur formidable qui s’est littéralement donné. Il est venu à toutes les répétitions, même à celles des plus petits rôles et a réellement été très présent et bienveillant tout au long du tournage.
Ahmed : Je me suis même lancé dans une transformation physique pour Comme un prince ! D’ailleurs, j’envisage de faire un procès à la production parce que clairement, je n’avais pas signé pour ça ! (rires)
Ali : C’est vrai que pour la phase de prépa, j’ai un peu poussé… (rires) Que ce soit en chorégraphies de boxe, en entraînement, en cascades...
Ahmed : C’est hyper gratifiant et hyper cool pour un comédien d’avoir à défendre ce genre de rôle et d’histoire. C’est la première fois que je fais une telle préparation sur un film, que ce soit au niveau du physique ou du texte… Quand j’ai reçu le scénario, j’ai réalisé que c’était le plus abouti de tout ce que j’avais pu lire jusqu’à présent. J’ai la chance aujourd’hui de pouvoir me permettre de choisir les projets sur lesquels je vais travailler et là, franchement, j’ai dit oui tout de suite avant de prendre le risque qu’il choisisse un autre comédien que moi !

- Un tournage au Château de Chambord…
Ali : Je voulais allier mes deux passions : la boxe et l’Histoire de France. Je ne voulais pas réaliser un film de boxe mais faire un film avec de la boxe dedans. Je ne savais pas trop comment l’aborder et puis, j’ai eu l’idée de raconter ce personnage qui voit ses rêves s’effondrer et qui est obligé de faire des travaux d’intérêt général. Je voulais le contraindre à se rendre au château et c’est grâce aux TIG qu’il y va.
Quand j’étais jeune et que je pratiquais la boxe, j’ai connu des sportifs censés devenir champions mais qui, à cause de blessures, ont vu leur rêve s’effondrer du jour au lendemain. Ils avaient arrêté l’école très tôt, n’avaient pas eu d’autre formation que ce sport et tombaient en dépression car ils étaient, tout à coup, perdus. C’est pour ça que j’avais envie d’un film sur la deuxième chance et sur l’espoir.
On a forcément une deuxième passion dans la vie et c’est ce sujet que je voulais aborder dans Comme un prince. Pour que mon personnage trouve la sienne, j’avais besoin de l’isoler et j’ai pensé au Château de Chambord. Ce n’est pas un choix anodin car il est au milieu d’une forêt qui fait la taille de Paris intramuros, c’était le combo parfait pour le changer complètement d’environnement.

- Le rôle féminin casse les clichés également lorsque l’on découvre son parcours… On n’est pas sur un boxeur décérébré face à une bourge prétentieuse, mais face à des êtres en (re)construction…
Ali : Complètement. Avec Julia Piaton, qui joue Eddy, je voulais une fille de la même génération que le rôle d’Ahmed - Souleyman - et malgré les apparences, on découvre qu’elle aussi y est arrivée par sa passion et par ses efforts. Je voulais en effet éviter les clichés et toutes les caricatures dans ce film en montrant que, quel que soit l’endroit où l’on a grandi, on peut avoir accès à ce patrimoine. On voulait à tout prix ne pas tomber dans les facilités donc c’est cool que les gens le perçoivent comme ça. Pour moi, le sujet de Comme un prince c’est vraiment ce mélange des deux univers. Le château est en partie en travaux et le personnage principal vient s’y reconstruire, s’y soigner. Ce jeune était censé faire sa carrière dans la boxe et ce film explore le chemin qu’il faut parcourir pour se relever, quand le rêve de toute une vie s’effondre.

- Il y a aussi le thème de la transmission qui permet à Souleyman de s’ouvrir à nouveau…
Ahmed : C’est ça que j’ai trouvé hyper beau dans le scénario et qu’Ali a réussi à ne pas trahir en réalisant le film. Ce sont tous des personnages hyper humains que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours et c’est vrai que la partie sur la transmission m’a énormément plu même si elle ne m’a pas rajeuni ! (rires)
Quand je suis arrivé dans le milieu, c’était moi le petit nouveau à qui on apprenait des choses alors que là, j’ai dû camper un personnage qui est de l’autre côté, ça fout un coup de vieux ! (rires) Mais sérieusement, c’est hyper gratifiant à jouer surtout que le personnage de Mélissa - grâce au jeu de Mallory Wanecque - est puissant. C’est vraiment une boule de feu cette petite, il y a du génie dans son jeu et on sent que c’est vraiment inné chez elle. Elle est "pure", il n’y a pas de cours de théâtre derrière ou d’école de cinéma. Elle ne savait même pas qu’elle voulait faire ça avant de participer au film Les pires. Elle a appris sur le tard mais ça n’a pas empêché que ce soit un vrai bonheur de tourner avec elle.
Ali : Le sujet de la transmission est complètement au cœur du film. Le personnage d’Eddy transmet un peu de ses connaissances sur le château, le conteur (incarné par Jonathan Lambert) aussi et Souleyman transmet son savoir de la boxe à la jeune Mélissa. Quand on partage notre savoir, il ne se divise pas, au contraire ils se multiplie et c’est ça qui est beau.

- Comme un prince est un film qui, l’air de rien, en dit long sur toi, Ali…
Ali : Quand on écrit un film, je crois qu’on y met inconsciemment beaucoup de soi… C’est sûr que ça ne raconte pas ma vie mais en effet, comme Eddy je suis passionné d’Histoire et comme Souleyman, j’ai été boxeur. Donc même si je suis resté derrière la caméra, je suis un peu dans le film à travers deux de mes passions que j’avais envie de réunir et de partager.

- La sincérité qui émane de ton travail se ressent aussi à travers la présence de Cécile Bois et Raphaël Lenglet avec qui tu joues dans Candice Renoir…
Ali : J’ai eu besoin de rassembler un peu autour de moi des gens que j’aime au moment du tournage… En écrivant, je n’ai pensé à personne en particulier parce que je voulais être libre d’aller au bout de mes idées. Et petit à petit, quand les personnages se sont dessinés, j’ai commencé à distribuer les rôles et à envoyer le scénario à chacun. Ils m’ont tous fait la joie d’accepter après lecture, y compris Cécile et Raphaël. Je n’aurais jamais voulu qu’ils ne viennent que par amitié, j’avais besoin qu’ils adhèrent au projet.
Mais ça m’a rassuré d'être entouré d'acteurs bienveillants, talentueux et que je savais comment aborder pour obtenir précisément ce que j’attendais d’eux à l’écran. Pareil, quand j’ai rencontré Ahmed, on a fait le même travail de lecture, de répétitions et honnêtement, il m’a beaucoup rassuré aussi sur le plateau. Il m’a fait confiance et ça, en tant que réalisateur, c’est essentiel, ça libère et ça transporte.

- Une comédie "humaine" et nuancée, où les personnages passent, comme dans la vraie vie, par plein d’émotions et d’états d’âme différents… Même le personnage de Jonathan Lambert est à la fois totalement lui, extrêmement drôle et pas lourd…
Ali : C’est vraiment un condensé de vie ce film. Certains personnages traversent des drames personnels avant qu’on les voie reprendre force et confiance sous nos yeux, et c’est cette nuance des sentiments que je voulais réussir à représenter. Je ne voulais rien de facile ou de gratuit.
Ahmed : C’est là tout son talent, vraiment... Il a réussi cet équilibre pour réaliser un film touchant mais pas guimauve, drôle juste comme il faut, sans jamais tomber dans le graveleux… Le cinéma d’Ali est réellement celui que j’ai envie de faire car ça représente pas mal ce que je suis dans la vie. C’est ce que je fais aussi dans mes spectacles en essayant d’apporter quelque chose d’un peu plus touchant et personnel.

- Ahmed ça ne te donne pas envie de passer à ton tour derrière la caméra ?
Ahmed : L’envie elle est là mais j’ai tellement de respect pour le métier de metteur en scène et de réalisateur que je sais que je ne suis pas encore prêt pour réaliser un long-métrage moi-même. Je n’ai pas envie de faire un film pour faire un film ou pire, faire un coup financier ! On me l’a déjà proposé mais quand je me lancerai dans mon premier film, je veux que ce soit un vrai rendez-vous… Pour l’instant, je joue pour des gens talentueux comme Ali et je m’apprête à repartir sur les routes avec mon nouveau spectacle Origami !


Ahmed Sylla & Ali Marhyar pour "Comme un prince" - 17 janvier 2024 / au cinéma - Interview intégrale et filmée sur le-mensuel.com